17.11.2008
PS : le sydrome du pouvoir
Ce que nous venons de voir au Parti Socialiste n'est que le reflet d'une dérive majeure qui menace toute 'démocratie parlementaire'.
CE QUI FAIT UN PARTI
Un parti est censé regrouper sous une même bannière différentes personnes unies par un même projet de société. Cette union est par nature imparfaite, étant exclu de rencontrer suffisamment de monde ayant exactement les mêmes vues : un parti regroupe donc des personnes ayant, sur les sujets principaux des vues communes, des nuances et des variations pouvant exister pour des sujets moindre.
Cela ne suffit pas à faire un parti ; deux autres éléments sont indispensables : un chef charismatique et des victoires politiques.
Le chef, c'est la tête en latin comme en pratique : sans chef, aucun corps ne fonctionne. Par son charisme et sa fonction, il focalise les énergies, suscite l'adhésion, tranche sur les sujets et les priorités, défini les objectifs. (Je ne m'étendrais aujourd'hui pas sur le problème des chefs illégitimes ou perçus comme tel - je pense à Marie Le Pen, évidemment.)
Les victoires politiques : un parti ne justifie son existence que dans la prise de pouvoir des institutions de l'Etat : communes, cantons, régions, parlements (Assemblée Nationale, Sénat et Députés au Parlement Européen), chef de l'Etat. S'il n'a pas pour objectif cette prise de pouvoir, ce n'est plsu un parti, c'est un cercle d'idée ou un organe de pression (pour ne pas utiliser les mots 'think tank' et 'lobby'). Les Francs-maçons rentrent dans cette catégorie (laquelle, 'Think Tank' ou 'Lobby' ?).
La force des petits partis, c'est l'homogénéité des idées et la force de leur chef. En général. Prenez le FN, le MPF, le Modem, le NPA, le MDC. Leur faiblesse, la (relative) absence de victoire politique.
A l'inverse, les gros partis ont pour force leur fréquentes victoires politiques (si l'on fait abstraction de l'état actuel de décomposition du PS c'est un parti qui peut se vanter de nombreuses victoires politiques : dernières régionales, législatives 1997, 2nd tour des présidentielles en 95 et 2007, etc.). Ces victoires leur permettent de s'agréger beaucoup de personnes : ceux qui y retrouve leurs idées (en général, ces partis ratissent assez large), ceux qui préfèrent être dans le camp des vainqueurs, tout simplement (pas de honte à le dire ; l'amour propre est un vecteur majeur de l'action humaine), ceux qui voient leur intérêt à être du côté des 'gouverneurs', entendu dans le sens de ceux qui 'gouvernent' les institutions de l'Etat mentionnées plus haut (mairie, canton, etc.), voire à être 'gouverneur' eux-mêmes (les élus).
Restent certains partis auxquel je prédis un sombre avenir s'ils ne se trouvent pas rapidement un leader charismatique et des victoires (Les Verts, le MNR, le PC. Le FN est un cas à part : il a toujours un leader très charismatique, c'est sa succession qui pose problème.) D'autres ont choisi de s'accrocher à un gros parti 'de pouvoir' pour pouvoir survivre et s'illusionner sur 'leurs' victoires, façon "parasite" : je pense au Nouveau Centre et au CNI.
LA SURVIE EN L'ABSENCE DE CES 3 FONDAMENTAUX :
Le PS est dans la catégorie 'gros parti' de pouvoir : beaucoup de 'gouverneurs'.
Il y eu beaucoup de victoires, mais elles sont anciennes.
Et font totalement défaut deux éléments constitutifs d'un parti : un chef charismatique incontesté et un projet de société.
Comment un parti peut-il fonctionner ainsi, sans victoires, sans chef et sans projet de société ? C'est là la menace qui pèse sur nos démocraties parlementaires : les gros partis survivent même dans ces conditions là, par la simple addition d'ambitions personnelles et par les ressources financières qui leurs sont attribuées.
Ambitions des 'barons' qui veulent tous devenir le chef, même au prix d'une forte contestation interne.
Ambitions des 'gouverneurs' locaux, issus des anciennes victoires : ils ne veulent pas devenir le chef mais rester des chefs locaux du parti et des gouverneurs territoriaux : qu'il est bon d'être aux commandes qui de sa mairie, qui de son intercommunale, qui de son palais de région ou de département.
Ambitions des proches qui préfèrent être du côté des gouverneurs : il y a toujours des miettes à ramasser dans quelque 'poste' ou 'mission' ou quelque 'appel d'offre'. Et puis être du côté du gouverneur local, même si c'est dans un parti déboussolé, c'est toujours être, localement, dans le camp du gagnant. C'est rassurant pour l'amour propre.
A l'UMP, on a la même absence de projet de société (c'est même peut-être encore plus vrai !) mais il reste un chef, relativement incontestable à défaut d'être aimé, et de belles victoires, récentes et à venir. Cela permet de s'agréger au parti de nombreuses personnes qui viennent 'à la soupe' comme aurait dit le Général De Gaulle.
Ressources financières :
On pourrait se dire que vu l'état de déliquescence du PS les autres partis de gauche prendront le pas (Modem, Verts, MDC, PC et NPA). Et bien non (sauf événement imprévisible) car aucun ne dispose des réserves financières du PS.
C'est un 2nd grand problème qui menace notre démocratie : les modes de financement actuels des partis politiques favorisent l'émergence de deux mastodontes politiques aux capacités financières quasiment illimités (rappelez-vous le show d'investiture de Nicolas Sarkozy : 6 millions d'euros pour 1 journée !) face à des petits partis qui s'appauvrissent progressivement. Pour citer un exemple simple, le budget du MPF pour les présidentielles était à peut près de 3 millions d'euros. Une 1/2 journée du show de Sarko...
L'argent, c'est le nerf de la guerre : avec les ressources, les gros partis peuvent être présents et se vendrent comme un lance un produit de grande consommation. A l'inverse, essayez de lancer un produit de grande consommation en France sans argent : outre une très forte dose de créativité, il faut également beacoup de chance (créer un buzz, par exemple : "Olivier Beancenot déguisé en SS" ou "NDA nu" sur Youtube ! Mais on s'éloigne un peu de la politique et des idées : ça ne ressemble pas à ce qui fait la force des petits partis de convictions.)
L'absence de chef actuellement au PS et les danger qui menacent ce parti :
Cette génése d'un nouveau chef est longue et douloureuse. Contrairement à Sarko qui a su s'imposer dans l'adversité à l'UMP, personne au PS n'arrive à émerger franchement.
Le partisan MPF que je suis ne peux que se réjouir de ces difficultés et souhaite qu'elles durent aussi longtemps que possible.
Le risque a court terme, pour le PS, est double : perdre des batailles et perdre des adhérents.
Les batailles se gagnent quand on est en 'ordre' de bataille. Actuellement, et malgré son implantation locale forte, le PS risque fort de perdre les élections européennes (les seules vraies échéances à court terme).
Les adhérents, c'est à dire ceux qui espéraient être du côté des gagnants, voir de gouverner ou d'être à côté des gouverneurs (Resteront les 'militants'). Ils ne reviendront que lorsque le parti sera en mesure de reprendre la main.
A plus longue échéance, je vois apparaître un leader, un peu contesté mais pas trop (façon Sarko / Copé à l'UMP : on peut se critiquer un peu mais on n'oublie pas que pour gagner il ne faut pas trop tirer à hue et à dia). Certains quitteront le navire, préférant un 'Projet de société' fort à la promesse de 'victoires' et 'un chef' qu'ils abhorrent. Façon Villiers ou Chevênement il y a quelques années ou Nicolas Dupont-Aignan plus récemment. Ils essaieront de faire leur route. Ce sera dure car ils seront privés de moyens financiers même si cette attitude n'est pas sans noblesse, bien au contraire.
Quel sera ce leader du PS ? Je ne suis pas madame Irma. Je me dis simplement que la politique est l'art de la 'combinazione' et réserve de belles surprises (voyez les réapparitions de Rocard, d'Aubry, de Fabius, de Juppé, de Balkany après qu'ils eurent eu des accident de parcours que l'on croyait fatals) ; et je pense aussi qu'un certain président du FMI se dit sans doute qu'il a bien de la chance d'être actuellement en dehors du champ de bataille à courir la gueuse.
10:18 Publié dans PS | Lien permanent | Commentaires (0)



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